samedi 10 novembre 2007

l'homme chute( extrait)


l'homme chute( extrait)

Un enfant reste accroché à son aile gauche.
Loup noir,
menacé par le crépuscule,
le corps tendu,
il se libère des contours,
lance des fils colorés
tels des algues marines.

Ils voyagent d’un tableau à un autre.

Une sorte de circulation prédestinée

à l’absurde.


Le raisin est devenu un emballage,

La terre sucrée par les grappes

s’incruste sous les ongles,

sèche au cœur de ma robe.


Au centre, il y a un homme

couché au sol,

son masque est aveugle.

Sur lui le ventre plein

d’un être décapité.

Pas d’amertume au bout du chemin dallé.

L’homme est innocent
innocent, innocent.

Moi, je suis cette pierre
Bleue, qui se cristallise
dans une douce attente.

En toi le démon si doux de l’absence.

Mon ventre tremble,
La musique l’apaise.
Le rapace n’est pas loin.

Un dimanche tache
mon souvenir,
alors, je me peins
dedans, cachette,
antre, nid, pierre, voix.

Il y a eu un si fort reflet
de lumière sur la montagne.

J’ai senti mon corps
flotter au plafond.
C’était le baiser de dieu
qui me consumait.
Finalement tout ceci
est arrivé entre deux
mortelles étreintes
et c’est là,
où il y a eu l’impudique
apparition :
la terre est devenue ocre-rouge.
Après je me suis couverte la figure.

vendredi 9 novembre 2007

le livre d'emanuele


Le livre d’Emanuele

Je me lisais dans tous tes silences.
Dedans, surgissait la chaleur
et la sombre peine de ne pas
te vouloir prisonnier ici.
Je regarde la rose jusqu’à me pulvériser
les yeux entre l’os et l’aube.
La faille entre les âmes, une langue de terre,
la révolte et le spirituel incarnés.

dimanche 4 novembre 2007

Diary One

DIARY ONE Le cri du loup arrive à la fin du film,je le reprends pour l’amusement,
le défi.
New York n’est plus qu’un sifflement aigue
qui s’efface sur l’écran.
Ensuite la pub gratte le son, les mots sont rapides,
ils se frottent, je n’écoute plus.

Cela arrive vers mon oreille droite, l’autre reste fermée
Parfois, j’attrape le mot juste, comme ça, à la volée.
Il s’incruste sans me demander la permission,
je me laisse faire.
Glisser sur l’instant, pointer ma face de rat,
tout changer sans savoir si je vais pouvoir
finir ma phrase.
Je suis à la minute près et sur le tard, la même.
J’entends donc:

- « Pas de compassion pour le roi ! « .

Cette phrase n’a rien d’exceptionnel,
sinon qu’elle se détache de toutes celles
que j’ai pu accumuler dans ma mémoire.
Je joue d’ambiguïtés, en projetant
mes propres mots dans des lieux inconnus.
Ils me reviennent autrement enrobés
d’une aura de respect.
Une distance se crée et j’ai l’impression d’avoir
volé à autrui, un petit trésor convoité et libérateur.

Ainsi, le futur roi serait fou d’amour pour la bâtarde.
De suite, je me colle au personnage
du fils du roi du Portugal, au XIVsiècle, D. Afonso IV.
Celui qui a couronné reine, mais morte, Inez de Castro.
Moi, je prétends qu’il était trop soumis à la loi du père.
Il va malgré le danger qui guette son amante,
la garder auprès de lui.
Agissant plus en fougueux guerrier qu’en politique,
il sent monter une fièvre bonne pour l’éternité.

Alors pourquoi lui et pas moi ?
Je suis également prête à grignoter la pomme,
à transgresser, bravant tous les interdits liés à la mort.
Roulée dans une cape, une guirlande de Noël posée sur la tête,
je veux jouer aux passions interdites.
Mais revenons à D. Pedro, on pourrait dire du jeune roi
qu’il était cruel, mais il y aurait méprise.
Le mot juste est « Cru « , le justicier si l’on préfère.
Au bout de combien d’années va-t-il la déterrer ?
Quatre, sept ou dix ans ?
Six, je l’ai lu dans un roman espagnol.
Le peuple a suivi la procession macabre,
la cour a craint la folie amoureuse et coupable
de D.Pedro, tous ont prêté hommage à la morte.
Oui, c’est d’elle dont je vous parle.
J’insiste à créer autour du mythe de Castro,
une sorte de permanence liée
à l’amour absolu et néanmoins tragique,
non pas dans son historicité légendaire,
mais dans sa cruelle humanité.
L’amour de Pedro et Inez nous oblige à la pose.
Celle qui nous place entre deux tombeaux
dentelés au centre de l’attente.
Je crois que c’est justement là,
que le roi a imaginé le cœur du silence
et notre possible reddition.

Le19 novembre 2005.

samedi 3 novembre 2007

carta de Pedro a Inez


Quatrième lettre :

( réponse de Pedro à Inez ) :

« Inez, prénom qui me dévore les lèvres et m’impatiente les mains,
sâche maintenant, oh ma douce, que celui qui un jour a déplié son bras
pour que ta joue y repose, t’offrait l’océan contenu dans sa paume.
Je regarde l’empreinte de ta beauté de nacre et d’or sur ma poitrine.
Caressante amie, mon cœur te chante des louanges honorant ta grâce
et la générosité de ton abandon.
Devant ma force tu plies ton corps à mon désir.
Tes lèvres épousent mon pouce et j’attends que la soie se déchire
et m’enveloppe de son infinie fermeté.
De nous, de toi je m’éloigne et j’enrage aussitôt de ne pas être né
Aussi docile que guerrier.
Obéissant à mon Roi, poursuivant mon destin auprès de lui,
J’admire la légèreté avec laquelle vous marchez dans mes refus.
Plaignez-vous davantage, réclamez place et chaleur, vous me savez fidèle.
Je vous prie, surveillez mon insouciante course à travers l’intrigue qui vous couvre.
Votre dévoué,

Pedro, Paris Juin 1997 «

vendredi 2 novembre 2007

Cartas de Amor de Pedro e Inez




Je me lisais dans tous tes silences.
Dedans, surgissait la chaleur
et la sombre peine de ne pas
te vouloir prisonnier ici.
Je regarde la rose jusqu’à me pulvériser
les yeux entre l’os et l’aube.
La faille entre les âmes, une langue de terre,
la révolte et le spirituel incarnés.
Je t'attends.

jeudi 1 novembre 2007

le reste est silence

Cartas de amor de Pedro e Inez
( ...) Ma robe s'apparente à la trame ultime
qui se défait sous vos yeux
transformée en une poudre couleur cendre.
Je recule, je rentre dans un autre temps.
Je glisse sur une patte comme un oiseau aveugle.
je m'équilibre, j'avance, je plie, j'enlace le vide,
on respire.
L'ombre de sa main me sert de masque.
je fouille dans ma gorge un espoir de vie, je vibre.
Dans un spasme si court, je perce ma nuit et mon coeur,
son coeur, se mettent à saigner.
Inez, Paris 98

Le reste est silence, la ronde infernale


Cartas de amor de Pedro e Inez

Troisième lettre:

Sitôt le matin levé je regarde le fleuve.
Il porte la pourriture des feuilles
comme une parure un ornement.
Etincelant et brusque miroir toujours à me parler de vous.
Dieu que je suis triste de votre tristesse
quand les jours se battent avec mes nuits !
Etrange guerre que je vis ici dans ce lieu de paix si sûre.
Elle gratte à ma porte comme une bête assoiffée de sang.
Ah, que suis lasse de cette immobilité qui m’enracine à ma peine.
Je vous parle sans cesse mais l’écho court moins vite que votre cheval,
sinon monseigneur, vous auriez pu écouter enfin cette malheureuse qui vous pleure.
Ai Mondego, suis-le mon prince père heureux mais si absent, quand finira-t-il de chasser
Insouciant du danger que j’encours d’être ainsi , corps offert aux chiens du Roi ?!!!

Inez, Paris, Juin 1997