
la femme est couchée à même le sommier
et le matin se déplie en ombres
traçant la porte une ligne bleue
elle serre très fort les yeux pour préserver sa nuit
la prolonge trompant la lumière encore un peu.
(...)

Attendre serait le mot.
« Dieu insuffla la vie par le baiser de sa bouche »
alors Adam avala une partie de l’âme de Dieu ,
ce serait sa partie divine.
Alors, il chute dans le monde et il attend.
le reste c’est de l’histoire ancienne.
Il faut rendre aux choses leur gloire.
Moi je tricote, j’ai des pause immobiles,
des chants agonistes, j’interpelle le monde
qui est en nous, qui est à l’intérieur de nous,
même s’il est trop tard.
Quand j’aurai quarante-quinze ans,
Je changerai de pointe de croix.
un mot à l’endroit, une pensée de travers,
Rien de bien prévisible pas de modèle à suivre…
Vaincre l’adversaire avec de l’émotion,
Tomber du haut de mes talons aiguille,
Chuter grave quoi, rire de tout ça avec la gueule enfarinée,
Et aboyer sur des certitudes et des plans de carrière.
Finalement le tricot est une bonne façon
de relâcher ses muscles,
Tout en bavassant sur du sensible.
rien de ce qui été dit ici n’a pu être voulu.
Je ne suis qu’une pensée agissant de l’intérieur.
J’écoute la parole lancée au vent revenir en écho,
Le monde est en nous, il est à l’intérieur de nous,
Il est sans fond.
Mon regard fuit plein d’évitement.
je regarde l’abîme il m’écoute .
Vous êtes tous les amants du possible, bis.
Pause, tricot, chant…
Je vous l’aviez bien dit la dernière fois.
( ...)LM, 2005.


( ...)
L’homme grignote la pomme
fabrique l’antidote bleu
dans sa large poitrine
tournée vers le Nord
lavée de tout soupçon
clairement exposée au gel de l’aube
le visage frais
la peau lisse
dans la gorge le fruit reste visible
pique la peau
marque son profil
un putain de trognon aux pépins noirs
je passe
je nageais dans les eaux tréfondes
une main fantôme tenait un arc
immensément tendu
il réclamait la visibilité de mon corps
pour mieux briser le cadre
et déchirer la toile
niant le récit en point de croix
si j’avais pu cracher la teinture noire
poisseuse
avalé pendant le sacrifice
et me délivrer des liens,
de la jambe tronc
fuir les douze flèches, sinon plus…
mais, tout a été offrande
et le rituel muet
est devenu nourriture pour l’homme
et une déchirure insondable
pour mon corps au quotidien
j’étais le fruit pourri au sexe oublié
ouverture sans regard,
bras trop longs dos gros
ventre proéminent roulé sous la chemise
bouche absente soif permanente
large langue blanchie
mains noueuses poitrine rayée
jambes crayonnées de bleues
pieds meurtris et j’ai du porter ceci
comme une valise vide de sens tout le long de la marche !
celui-ci ou un autre me dis-je
puis sa carrure s’offre à mes yeux
et le relief prend place à l’endroit précis des objets
l’eau devient source claire et apaisée
je bois le café
son velours me caresse la gorge
lave ma langue colore sa joue
devant l’autel installé sur ma table
où se mêlent des fleurs d’hier, pommes dorées
les chevaux jouets du Népal
les photographies de mes amours, tous
qu’est-ce qui allège alors la tension des jours,
console mes nuit ?
nous, blottis comme un nouveau-né
les bras serrés, neufs
vibrants au milieu d’une bataille
maintes fois livrée
ce rituel tient à la jouissance
et le guerrier connaît sa victoire
l’a domine
car il est lui-même porter du trophée
si un mot s’échappe dans la mêlée
glisse dans ma main
( elle quémande son baiser )
seigneur, si moi la femme récompensée
dans sa nature de figue écartelée
vient à lécher tout le corps de l’homme aimé
comme une louve ferait à son petit
roulé hors de son ventre
pardonnez alors à la nature
ce qu’elle retient encore dans sa griffe
rien ne laissait prévoir que ma chute a été si fatale
devant la mer
l’océan battu
vient me voler son prénom
ouverte au moment propice à l’amour
et du vent souffle
de son haleine brûlante
je garde moi, morsures et douces empreintes
d’une bouche ornée d’une dentition irrégulière
massacrante et bénite
l’homme lâche sa semence
aussitôt me brise la nuque
un vrai guerrier
parole délivrée enfin de l’ancestrale peurd’être repoussée encore et encore
hors du giron du père aimé
absent, autoritaire
je vous dis que ce père
que j’ai reconnu en toute crainte
comme étant le bourreau
qui embrasse la bouche du condamné
avant de lâcher sa hache
je garde intacte la pose le cou tendu vers la lame
je deviens le cadavre offert à tous en place de grève
les fleuves coulent, lavent les pieds des pèlerins
les croyants murmurent leurs secrets en fin avoués
je lave tout à grands seaux d’eau et je frotte
je frotte jusqu’à ce que la peau imprime cette volonté
j’efface les petites morts qui ont coulé sur mes cuisses
et vous ont béni de chaudes baptêmes
de prières languissantes
de libertinages enfantins
ils sont tous comme ça, me dis-je
cette valise qui ne porte en elle que l’attente
est étrangement la même, pour nous toutes
les poitrines offertes des guerriers
ont des armures telles que seule une fine épingle glissée
entre deux lames
proches du cœur du héros
pourrait avoir foi de leurs craintes. ( ...)
LM


« Les amours cyclopes sont sans-souci »
La femme est couchée à même le sommier et le matin se déplie en ombres, traçant sur la porte une ligne bleue Elle serre très fort les yeux pour préserver sa nuit, la prolonge trompant la lumière encore un peu. Elle se retourne et ne bouge plus. Le pli du drap se croise là où est la douleur. Un peu vite son cœur bat, il connaît tous les secrets Machine d’enfer à tenir bon, sous sa main il palpite. Le café doit être brûlant, réconfortant, présent. Tartine, cigarette, banal. Il faut plonger dans les textes écrits la veille, continuer de remplir les pages et avec elles, les jours Hier la rage a été plus forte que le sommeil. La femme dit que la tempête est la seule violence faite aux arbres devant sa porte. Dans une nuit si pleine de la lune, les amours trahis sont les plus lourds à porter. Clarté en forme de sacrifice et aucun cri pour éloigner de nous les bêtes Nous marchons dans la montagne, la neige brille sous nos traces. Je baisse la tête, je m’enfonce dans le froid. Derrière nous hurlent les louves. Elles attendent que l’odeur de leur sex attire un mâle, un chef. Animal, animal…. le chemin de la vallée est un triangle noir où le désir se déplie comme une carte, comme une carte. Animal, animal…la forêt piquée sur le mur porte un titre secret. Jamais plus le silence de la nature ne viendra bercer nos cœurs. Mes louves à moi ont repoussé leurs maîtres. L’homme se montre, il plonge sa langue dans le nombril de la femme. Elle rit si fort que l’automne prend peur et se met à jaunir plus tard
Dans la cour un arbre a pris racine à même le ciment.
Dedans, les oiseaux ont construit des maisons.
Ils ne se trompent jamais les oiseaux si fragiles,
dans le pouvoir de traverser le monde par le haut.
Ici la tempête est venue agiter une me
qui se lance contre un rocher lisse.
Une porte fermée de l’intérieur révèle
ses transparences liquides.
Narcisse tel un coquillage,
se décolle doucement de la vitre
et glisse à terre.
Une bulle de salive éclate au coin de sa lèvre,
sa bouche se tord dans un rictus disgracieux.
Il plie sa beauté dans un mouchoir et le sort
est enfin brisé.
La femme danse sur le bateau qui traverse le fleuve.
Elle regarde en bas et plonge
Une algue se roule autour de son poignet.
et l’oblige à descendre.
L’homme la voit disparaitre.
Au fond de l’océan elle embrasse son double.
Narcisse s’ouvre comme la bouche d’un dieu malade.
Il laisse échapper un soupir et se noie aussitôt.
La porte se ferme avec fracas, un tremblement court
derrière une petite fille et la manque, et la manque.
La ville brûle tout entière ou presque.
Saint-Georges a tout vu et n’a rien pu.
La femme serre les mains de l’inconnu avec force.
En un clin d’œil le bien trompe le ma
et l’amour comme la poésie, dicte sa volonté.
Tout recommence neuf, léger, informe et accompagne
les âmes dans leur pénible traversée.
La soif est tarie là où la Nécessité les accueille,
et le cri des huit sirènes les rend folles mais de joie.
Méfiez-vous des sirènes !
Méfiez-vous des sirènes !
La femme marche devant l’homme pour oublier son pas,
pour le perdre.
Elle tourne sur soi-même et monte au ciel
dessinant une spirale parfaite.
( eternety, eternety )
Pour finir, elle lui a offert des fleurs et du chocolat amer,
et puis le masque est tombé.
La réconciliation a besoin d’un bras fort qui serre le cou du passé.
L’homme a pris sa hache et d’un coup sec coupe les mains de la femme.
Les fleuves noient leur peine, le vent plie le cri en l’étouffant.
A la foire il lui tire dessus avec un fusil, de son ventre sort de la pourriture.
LM, 89,05.

